lundi 23 septembre 2013

#PrivésDeMG

"Et partout ça mitraille, 100 000 vérités. On jure, on clame, on braille, ça vient d'tous les côtés.
Radios et hauts-parleurs, des chaînes par milliers.
Et passent les rumeurs, promis craché juré, certifié, officiel" (C'est pas vrai, Jean-Jacques Goldman)


"Les jeunes médecins ne veulent plus s'installer..."
"Etudiants en médecine, si vous travaillez mal, vous finirez généralistes. Et si vous travaillez très mal, vous finirez généraliste dans la Creuse..."

Combien d'idées reçues, de fausses idées continueront à être colportées ? Combien de temps encore ?
Faudra-t-il attendre que tous les généralistes se soient découragés ?
Faut-il attendre d'être #PrivésDeMG pour enfin faire quelque chose ?

Je ne veux pas y croire.
Je ne veux pas rester sans rien faire.

Je ne suis pas le seul. Nous sommes une petite centaine aujourd'hui.
Nous ne réclamons pas d'être payé plus. Mais de pouvoir soigner mieux...
Nous avons des idées concrètes, mais le temps presse. Les voici :

Médecine générale :
dernier arrêt avant le désert

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur tout le territoire ?
Marisol Touraine présente ce lundi sa Stratégie nationale de santé. Cet évènement constitue l'occasion de nous rappeler à son bon souvenir, rappel motivé par l'extraordinaire enthousiasme qui avait accompagné nos propositions (voir plus bas les 600 commentaires) dont aucune n'a été reprise par la Ministre.
Nos idées sont concrètes et réalistes pour assurer l'avenir de la médecine générale et au-delà, des soins primaires de demain.
Notre objectif est de concilier des soins de qualité, l’éthique de notre profession, et les impératifs budgétaires actuels.
Voici une synthèse de ces propositions.
Sortir du modèle centré sur l’Hôpital
Depuis des décennies, l’exercice de la médecine ambulatoire est marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. La médecine hospitalière et salariée est devenue une norme pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice ambulatoire qu’ils n’ont jamais (ou si peu) rencontré pendant leurs études.
Cette anomalie explique en grande partie les difficultés actuelles. Si l’hôpital reste le lieu privilégié d’excellence, de recherche et de formation pour les soins hospitaliers, il ne peut revendiquer le monopole de la formation universitaire. La médecine générale, comme la médecine ambulatoire, doivent disposer d’unités de recherche et de formation universitaires spécifiques, là où nos métiers sont pratiqués, c'est-à-dire en ville et non à l’hôpital.
La formation universitaire actuelle, pratiquée quasi-exclusivement à l’hôpital, fabrique logiquement des hospitaliers. Pour sortir de ce cercle vicieux, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.
Cette réforme aura un double effet :
Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice. Nous ne pouvons reprocher aux étudiants en médecine de ne pas choisir une spécialité qu’ils ne connaissent pas.
-  Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.
Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.
Toute mesure visant à obliger les jeunes médecins généralistes à s’installer en zone déficitaire aura un effet repoussoir majeur. Elle ne fera qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.
Une véritable modernisation de la formation des médecins est nécessaire. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’opportunités manquées depuis 50 ans par méconnaissance de la réalité du terrain. Si la réforme Debré de 1958 a créé les CHU (Centres Hospitaliers et Universitaires), elle a négligé la création de pôles universitaires d’excellence, de recherche et de formation en médecine générale. Ces pôles existent dans d’autres pays, réputés pour la qualité et le coût modéré de leur système de soins.
Idées-forces
Les principales propositions des médecins généralistes blogueurs sont résumées ci-dessous. Elles sont applicables rapidement.
  • Enseignement de la Médecine Générale par des Médecins Généralistes, dès le début des études médicales
  • Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.
  • Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital :
Ces maisons de santé se voient attribuer un statut universitaire. Elles hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique (3000 créations de postes). Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.
  • Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner :
Statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.
  • Création d’un nouveau métier de la santé : “Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt” (AGI).
Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt. Les nouveaux postes d’AGI pourraient être pourvus grâce au reclassement des visiteurs médicaux qui le souhaiteraient, après l’interdiction de cette activité. Ces personnels trouveraient là un emploi plus utile et plus prestigieux que leur actuelle activité commerciale. Il s’agirait d’une solution humainement responsable. Il ne s'agit en aucun cas de jeter l'opprobre sur les personnes exerçant cette profession.
  • Les « chèques-emploi médecin »
Une solution innovante complémentaire à la création du métier d’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.
Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien). Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

Nos propositions et nos visions de l’avenir de la Médecine Générale, postées simultanément par l'ensemble des 86 participants, sur nos blogs et comptes Twitter, le 23 septembre 2013, sont des idées simples, réalistes et réalisables, et n'induisent pas de surcoût excessif pour les budgets sociaux.
L’ensemble des besoins de financement sur 15 ans ne dépasse pas ceux du Plan Cancer ou du Plan Alzheimer ; il nous semble que la démographie médicale est un objectif sanitaire d’une importance tout à fait comparable à celle de la lutte contre ces deux maladies.
Ce ne sont pas des augmentations d’honoraires que nous demandons, mais des réallocations de moyens et de ressources pour rendre son attractivité à l’exercice libéral.

Les participants à l'opération (Noms ou Pseudos Twitter) :

1.     Docteurmilie
2.     Dzb17
3.     Armance64
4.     Matt_Calafiore
5.     Docmam
6.     Bruitdessabots
7.     Ddupagne
8.     Souristine
9.     Yem
10.   Farfadoc
11.   SylvainASK
15.   DrKalee
16.   DrTib
17.   Gélule, MD
18.   DocAste
19.   DocBulle
21.   Dr Stephane
23.   Docteur_V
24.   Dr_Foulard
25.   Kalindéa
26.   DocShadok
27.   Dr_Tiben
29.   PerrucheG
30.   BaptouB
33.   MimiRyudo
35.   DrGuignol
36.   DrLebagage
38.   CaraGK
39.   DocArnica
40.   Jaddo
41.   Acudoc49
42.   AnSo1359
43.   DocEmma
45.   GrangeBlanche
47.   Borée
48.   10Lunes
50.   OpenBlueEyes
51.   nfkb
52.   Totomathon
53.   SophieSF
54.   SuperGélule
55.   BicheMKDE
56.   Knackie
57.   DocCapuche
58.   John Snow
59.   Babeth_Auxi
60.   Jax
61.   Zigmund
63.   DrNeurone
65.   YannSud
66.   Nounoups
68.   Boutonnologue
70.   Une pédiatre
71.   Heidi Nurse
72.   NBLorine
73.   Stockholm
74.   Qffwffq
75.   LullaSF
76.   DocteurBobo
77.   Martin Minos
78.   DocGamelle
79.   Dr Glop
80.   Ninou
82.   UrgenTic
83.   Tamimi2213
84.   Doc L
85.   DrLaeti
86.   LBeu




Les commentaires de soutien de décembre 2012
Comment ne pas être ébranlé par les centaines de commentaires enthousiastes de jeunes médecins, de professionnels de santé ou de patients face à nos propositions ? Pourquoi ne pas aider les jeunes médecins à la fois à réaliser leurs rêves et à se mettre efficacement au service de la santé des Français ?
Les propositions de réforme de la médecine générale des 24 médecins blogueurs ont reçu plus de 1000 signatures de soutien.

Vous pouvez retrouver une grande partie de ces commentaires sur le blog dédié à cet effet, à la suite de la copie du texte que vous venez de lire


Vous pouvez également nous suivre sur :
Twitter : @PrivesDeMG
Tumblr



vendredi 20 septembre 2013

Médecin Généraliste : métier inutile ?

"Tourne la terre comme les hommes, à refaire encore les erreurs de nos pères. On mord toujours la même pomme, et le serpent danse alors que l'on s'enferme dans les erreurs d'hier" (J'accuse mon père, Mozart l'opéra Rock)


1958, en France, c'est l'année de la création des CHU (Centres Hospitalo Universitaires).
Une réforme d'envergure, sanctuarisant la médecine de spécialité.
Après 6 ans d'études, vous devenez médecin généraliste. Si vous continuez, si vous en avez les capacités intellectuelles, vous devenez alors médecin spécialiste au prix de quelques années d'études supplémentaires.

Le décor est planté.
Il y a les vrais médecins. Et les autres. Ceux qui ne seront que généralistes.
Peu importe s'ils sont ceux que les patients côtoient le plus souvent. Ils ne soignent rien d'important, ni d'intéressant de toute façon.
Aux généralistes la bobologie, et aux spécialistes la médecine noble.

La formation des médecins se passe à l'hôpital.
Les généralistes se forment... sur le dos des patients. Ils apprennent sur le tas. Et Dieu merci, les patients sont plutôt en bonne santé et résistants, alors ils supportent ce manque d'expérience.


"Je le savais, je le sentais, que tu n'étais pas l'homme de la situation" (L'homme de la situation, Amandine Bourgeois)

Les médecins généralistes ne sont pas très utiles finalement. Après tout ils n'avaient qu'à mieux travailler, c'est de leur faute. Faut donc pas s'étonner s'ils ne sont là que pour trier les patients.
Un problème cardiologique et le patient devra aller voir le cardiologue. Un problème dermatologique et le patient devra aller voir le dermatologue...
La médecine générale n'a pas de savoir propre. Elle n'est que la somme des savoirs des spécialités nobles. Quand un généraliste soigne un patient pour une hypertension, c'est qu'il a été formé par un cardiologue qui lui a appris comment faire pour soigner une poussée hypertensive au cours d'un stage hospitalier, au lit du malade, dans le service de cardiologie hyperspécialisé du CHU.

...
...

Mais alors, si je comprends bien, s'il n'y a pas de savoir propre à la médecine générale, pourquoi diable s'entêter à garder ce métier ?
Il suffit de mettre en face des patients un infectiologue lors des épidémies virales, un cardiologue pour les problèmes de cœur, un néphrologue pour les problèmes de rein...
Chacun d'entre eux ne se cantonnant qu'à son pré carré et renvoyant vers un confrère tout ce qui n'est pas de son domaine de compétence.

...
...


"Fermati un istante parla chiaro come non hai fatto mai dimmi un po' chi sei" (Una storia importante, Eros Ramazotti)
(Arrête-toi un instant, parle-moi clairement comme jamais tu ne l'as fait. Dis-moi qui tu es)


2004 : Naissance de la Spécialité Médecine Générale au sein d'un DES (Diplôme d'Etudes Spécialisées).
Il n'y a donc plus désormais que des médecins spécialistes.
Mais ??
Mais ??
Pourquoi diable avoir donné un peu plus de poids à un métier qui n'est pas utile ?

Il semblerait qu'au fin fond de certains pays lointains et barbares, appelés pays scandinaves, les pouvoirs publics aient développé une médecine dite de soins primaires, dans laquelle on retrouve la médecine générale, et que dans ces contrées infâmes les indicateurs de santé de la population sont meilleurs que chez nous. 

Et en plus, ils consacrent moins d'argent que nous pour leur santé, ces fameux "points de PIB" dont l'actualité est friande. Ils dépensent moins et leur population est en meilleure santé.



Attendez, je la réécris au cas où vous auriez sauté une ligne :


Ils dépensent moins pour la santé et sont en meilleure santé.



Pas moins bien soignés. Non non ! Si vous devez vous faire opérer avec une chirurgie de pointe, vous l'êtes. Mais d'où viennent ces économies dans ce cas ?
Leur réseau, notamment de médecins généralistes, est mieux formé, mieux utilisé. Plus efficient pour utiliser le terme à la mode. Ils ont augmenté la recherche en médecine générale, faite par les médecins généralistes. Et les futurs généralistes sont formés eux-mêmes par des enseignants de médecine générale.

La recherche en médecine générale ?? Avouez, vous avez eu, l'espace d'un instant, une vision d'un gars en blouse blanche qui triture des tubes à essai et des boîtes de culture.
Oubliez cela tout de suite.

La recherche en médecine générale, c'est d'abord une recherche qui porte sur les patients en médecine générale.
Par exemple, la façon de soigner un patient diabétique à l'hôpital, où tout est contrôlé depuis le plateau repas jusqu'au traitement, peut-elle être la même qu'à domicile ?

Y a-t-il des façons de prévenir, dépister ou soigner qui marcheraient mieux en ville qu'à l'hôpital (là où sont faites toutes les recherches actuellement et qui servent de base pour recommander aux généralistes la façon de soigner les patients... en ville...)


"Mes frères tombaient l'un après l'autre devant mon regard, sous le poids des armes que possédaient tous ces barbares" (La tribu de Dana, Manau)


Ah ces pays barbares sous-développés. Ils ne savent sans doute pas que tout se joue toujours au sein d'un grand centre hospitalier. De la naissance à la mort et peu importe la pathologie.
Quoique... le nombre de lits étant ce qu'il est, il faut quand même reconnaître qu'avoir des travailleurs besogneux en ville pour faire les fameux petits bobos, ça aide.

Mais, vous qui lirez ces lignes, qu'en pensez-vous ?
Une étude a montré que lorsqu'un patient se rend chez son généraliste, il a au moins deux motifs de consultation (entendez, il vient au minimum, en moyenne, pour deux problèmes distincts qu'il souhaite aborder).

La SFMG fait annuellement un état des lieux des motifs de consultation (c'est-à-dire regarde pour quoi les patients viennent le plus souvent voir leur MG). Les cinq premiers motifs sont : 

1) Examens systématiques et de prévention
2) Etat fébrile (peu importe la cause)
3) Rhinopharyngite - Rhume
4) HTA
5) Hyperlipidémie

Heureusement, bien entendu, pour chacun de ces motifs, le médecin généraliste ne décide jamais seul et en réfère systématiquement à un confrère d'une autre spécialité.

Ou pas...

Et c'est souvent pas d'ailleurs.

Parce que le généraliste soigne 90% des HTA (HyperTension Artérielle) sans avoir "besoin" d'appeler un confrère cardiologue.
Par contre, c'est vrai, le cardiologue pose des stents, pas le généraliste.
Mais le cardiologue ne gère pas l'HTA, le problème de thyroïde, le diabète et l'insuffisance rénale au cours d'une même consultation. Ce n'est pas un reproche. Ce n'est juste pas son métier.
C'est le métier du généraliste ça.

Gérer tous les problèmes de santé aigüs ou chroniques au cours de la même consultation, mais je dis OUF !
HEUREUSEMENT que les généralistes sont les moins bons de tous les médecins. 
HEUREUSEMENT qu'ils ont moins réussi que les autres, sinon, imaginez, les pauvres, ils ne devraient se cantonner qu'à une seule partie des patients !


"Venez voir mourir le dernier sex-symbol. Venez voir, venez rire à la fin d'une idole" (Les adieux d'un sex-symbol, Starmania)


Le généraliste est le pivot du système de santé bla... bla... bla... le généraliste rôle central bla... bla... bla... le généraliste professionnel le plus apprécié de la population bla... bla... bla...

Se faire brosser dans le sens du poil n'a qu'un objectif : nous attendrir pour nous endormir.
La mort de notre métier est programmée dans l'indifférence la plus totale.

Pourtant, je ne fais pas de corporatisme. Je n'arrête pas de dire aux internes de médecine générale à qui je donne des cours que notre spécialité est une spécialité comme une autre. Pas meilleure, pas pire, mais une vraie spécialité.
J'attends juste le même respect et la même considération de la part des autres spécialités.

Et ce qui me rassure, c'est que nous, les généralistes entretenons d'excellents rapports avec les confrères des autres spécialités.
Mais il existe toujours un camp d'irréductibles post "cinquante-huitards" et ils sont majoritairement aux commandes et aux postes décisionnaires.


"Il suffira d'un signe, un matin. Un matin tout tranquille et serein. Quelque chose d'infime, c'est certain. C'est écrit dans nos livres en latin" (Il suffira d'un signe, Jean-Jacques Goldman)


Un lundi matin. Le 23 septembre 2013.

Par contre, si le signe est infime, il décevra. Et au-delà de décevoir, il suscitera une vague d'exaspération que je sens grandissante.

Dans l'un de mes tous premiers billets, j'avais paraphrasé (maladroitement) Alain Peyrefitte en disant : "Le jour où les généralistes s'éveilleront" le monde de la santé tremblera...
Ils s'éveillent. En finissent une fois pour toute avec leur complexe d'infériorité.


vendredi 16 août 2013

R.E.S.P.E.C.T

"R-E-S-P-E-C-T, find out what it means to me. R-E-S-P-E-C-T, take care, TCB" (Respect, Aretha Franklin)
(Le respect, découvre ce que cela veut dire pour moi. Respecter, prendre soin) (TCB=Take care of Business)

Soirée de mariage dans la famille.
Tout le monde est assis à sa table comme le voulait le plan de table (qui, au passage, est l'une des choses les plus difficiles dans l'organisation du mariage).
La valse d'ouverture du bal par les mariés.
Une tradition que je trouve plaisante, surtout quand le morceau est bien choisi.

Puis, quelques tangos.
Bon, c'est pas du tout mon style de musique.
Mais il en faut pour tous les goûts.

Puis quelques paso doble.
Toujours pas mon style, et en plus je ne sais pas le danser.

Mon fils vient me voir et me demande "Euh, c'est quand qu'ils vont mettre de la vraie musique ?"
Oui, mon fils est doué en diplomatie, comme tout garçon de 10 ans. Il va falloir que je lui apprenne comment parler aux femmes tiens, sinon, niveau drague, ça va être difficile.
Enfin, bon, je ne suis pas sûr d'être la personne la plus compétente en la matière.

Je lui explique donc que dans les soirées, c'est souvent comme cela que tout se passe : l'ouverture du bal, puis quelques morceaux pour nos aînés avant de la musique plus récente.

"De la musique pour les vieux, en gros ?"

Oui, bon, c'est un peu ce que je voulais dire de façon enrobée.
Mais l'idée est là.
Faire plaisir aux vieilles générations, puis aux plus jeunes.

"La ronde infinie, de ce cycle éternel, c'est l'histoire, l'histoire de la vie." (L'histoire de la vie, Le Roi Lion)

Est-ce que les grands-parents présents ce soir là ont tenu les mêmes propos étant jeunes ?
C'était quoi la "musique pour les vieux" quand eux étaient jeunes ?
Est-ce qu'ils se disaient que la musique qu'ils aimaient alors vieillirait comme eux et en se démodant deviendrait un peu ringarde pour les jeunes ?

"Etre grand-parent, c'est plein de petits bonheurs. Tu te lèves tôt pour allonger tes jours, et tu prends le temps de tomber en amour. T'auras jamais compris à quoi ça t'a servi, mais tu n'as plus envie, vraiment de le savoir. Tu as connu l'amour et quand tu l'apprécies, faut que le cadran sonne la fin de l'histoire." (L'adolescent X, Lynda Lemay)

Oui plein de petits bonheurs.
Des petits-enfants avec une musique différente, des goûts différents, des vies différentes.
Ils sont vieux mais ont été jeunes.
Ils ont la sagesse de leur expérience et de leur âge.
Et tant de souvenirs.

Alors, pourquoi diable, parfois, avons-nous tendance à oublier tout cela ??

J'avais au téléphone une collègue hospitalière il y a quelques jours, me décrivant le comportement d'une patiente dont je suis le médecin traitant, et qui était dans son service.
Aux antipodes de ce que je connais d'elle.
J'étais un peu surpris, mais, après tout, je ne la vois qu'une fois par mois, alors que ma collègue la voyait tous les jours.
Ceci expliquait peut-être cela.
Elle voulait rentrer chez elle, et s'énervait qu'on ne lui en laisse pas la possibilité alors qu'elle avait parfaitement récupéré de son intervention chirurgicale. Même si c'est un peu plus tôt que "la normale".
Rentrer chez elle, dans ses murs, au milieu de ses souvenirs.

Et là, une bande de jeunes en blouse blanche lui dit "oh non mamie, tu vas rester, c'est pas toi qui décide".
Où est le respect finalement ? Et je ne jette pas la pierre aux collègues, c'est facile d'avoir mon point de vue quand on regarde cela d'un œil extérieur je suppose.

Quand le patient a un comportement agressif ou dangereux pour lui-même, je suis d'accord qu'il n'y a pas le choix.
Mais quand le patient va à peu près bien, ou du moins aussi bien que possible pour son âge et ses antécédents ?

Je dirai quoi, moi, si un jour on veut me priver de ma liberté de décider au nom de je ne sais quel prétexte ?
Je serai sûrement invivable, râleur (enfin, je veux dire, plus que d'habitude encore)

J'ai rendu visite à cette patiente à son retour.
Elle était ravie, souriante, telle que je l'ai toujours connue. J'ai essayé de prendre le temps chez elle. Elle a fini par me dire qu'elle n'aimait pas la nourriture de l'hôpital, et s'y sentait diminuée.
Et puis elle n'avait pas son verre de vin le midi. Et elle apprécie ce verre de vin.
A 87 ans, je ne vois pas au nom de quoi je vais le lui interdire.

"I dont steal and I dont lie, but I can feel and I can cry. A fact I'll bet you never knew. But to cry in front of you, that's the worse thing I could do." (There are worst things I could do, Grease)
(Je ne vole pas et je ne mens pas, mais j'ai des sentiments et je peux pleurer. Je parierais que tu ne l'aurais jamais imaginé. Mais pleurer en face de toi, c'est la pire des choses que je puisse faire"

Elles ont souvent le sourire aux lèvres les personnes âgées que l'on croise dans les mariages.
Peu importe les épreuves, ils ou elles sont heureux. Heureux de l'instant présent.
Même si peu de gens dansent encore avec eux sur les tangos et les paso doble.
Même si au fond d'eux, il y a peut-être un petit pincement au cœur.

Oh ? Mais ? Qu'est-ce que j'entends ?
C'est le début de la musique des années 80 ! J'adore ! C'est marrant, j'aurais juré qu'il y aurait eu plus de monde que cela debout pour danser... Ah, les jeunes...

jeudi 15 août 2013

MOOC HRP258

"On oublie tout, tous les barrages qui nous empêchaient d'exister. Tous les vents du large sont déchaînés, tous les vents, et ça m'fait avancer" (Une autre histoire, Gérard Blanc)

MOOC.
Késako ? Je ne connaissais pas forcément cet acronyme il y a encore peu de temps.
Massive Open Online Course que l'on peut traduire par cours en ligne ouverts au plus grand nombre.

Pour moi, les cours étaient tels que je les ai toujours connus : en amphithéâtre avec le prof en face de moi.
Moi essayant de prendre des notes et de structurer le tout (quand le plan du cours n'était pas clair) en soulignant, mettant de la couleur.
En recopiant aussi des phrases prononcées mot pour mot.
Je suis à la fois auditif et visuel finalement dans ma façon de travailler.

Et là, @Sous_la_blouse dans un tweet parle d'un MOOC de biostatistiques prévu pour commencer quelques semaines plus tard.

Des biostatistiques, pour un médecin généraliste, finalement, ça sert à quoi ?
A priori à rien.
A priori.

"Best, you've got to be the best. You've got to change the world, and use this chance to be heard" (Butterflies and Hurricane, Muse)
(Le meilleur, tu dois être le meilleur. Tu dois changer le monde, et utiliser cette chance pour être entendu)

Euh... oui mais non.
Ce MOOC n'est pas là pour pouvoir parader en disant ensuite "oh regardez, j'ai un diplôme de Stanford !".
Ok, sur le curriculum vitae ça fait classe, et auprès des instances facultaires je suppose aussi que ça doit faire son effet.
Mais faire 9 semaines de cours, de travaux, de devoirs personnels... et donc d'heures passées et consacrées à ça uniquement, rien que pour avoir un diplôme, c'est peut être un peu exagéré, non ?

Si.

En fait, ce MOOC de biostatistiques pour un médecin généraliste, à quoi ça sert.
Ou plutôt, quel intérêt y ai-je trouvé ?

Déjà : renouer un peu avec les statistiques. J'ai toujours plus ou moins aimé ça.
Ce qui ne veut pas dire que j'aie toujours tout compris, loin de là.
Avant le début de ce MOOC j'ai même ressorti mes cours de statistiques de 1ère année de médecine et... je n'ai pas compris grand chose à mes notes.
Les chapitres étaient bien structurés. Tous indépendants et se suffisant à eux mêmes. J'écrivais encore à peu près bien à l'époque...
Mais je suis un garçon qui aime connaître la finalité des choses.

En gros : ça sert à quoi ??? Et vu que je ne m'en suis pas beaucoup servi de ces statistiques jusqu'à présent ça ne doit pas servir à grand chose finalement.

Mais à y regarder de plus près, je me rends compte que quand je lis un article médical, ou une recommandation qui me dit d'utiliser tel médicament plutôt que tel autre, je vais rapidement jeter un coup d'oeil et chercher la partie qui me parle du petit "p" et voir si cela est significatif.

Pour ceux qui n'y connaissent pas grand chose, on évalue en statistiques la possibilité que les résultats que l'on trouve ne soient que le fruit du hasard. En gros, plus ce p est petit, moins il est possible que ce soit le fruit du hasard.

Oui, mais...
Mais en fait, ce serait un peu réducteur pour les statistiques.
C'est un peu comme si on disait que pour savoir s'il fait beau, il faut regarder par la fenêtre. Si on voit de la lumière, il fait sans doute beau.
Oui, mais beau avec du soleil, ou seulement jour ? Chaud ou frais ? Beau avec un risque d'orages bientôt ou beau pour la journée ?

Parce que, finalement, en statistiques comme ailleurs, on peut s'arranger pour faire dire aux choses ce que l'on a envie de leur faire dire. Et il y a tellement de choses à regarder en plus de ce petit p.

"It's not that I didn't care, it's that I didn't know" (Misery, Maroon5)
(Ce n'est pas que je ne m'en souciais pas, c'est que je ne savais pas)

Oui, quand on ne sait pas, et bien on ne prête pas attention. Ce n'est pas si grave, finalement.
Mais j'enseigne à la fac. Je suis censé avoir un peu plus de connaissances là-dessus pour que ce que je conseille à mes étudiants soit basé sur des preuves solides.
Alors, ce MOOC c'était avant tout pour que je ne me fasse pas rouler dans la farine par certains articles. Et que je puisse apprendre à mes étudiants à faire de même : savoir ne pas se faire avoir par les chiffres.
Mais, bon, je m'inquiète sans doute pour pas grand chose. C'est tout simplement impossible que des erreurs ou une mauvaise utilisation des statistiques puissent intervenir dans la littérature médicale.

Oui.
Impossible.
Enfin... Plus le temps passe et plus les exemples se multiplient.

Alors, savoir, comprendre, ça me permettra un peu plus d'indépendance je crois.

Oui, mais déjà que je ne comprenais pas les notes que j'avais moi-même prises en 1ère année, qu'est-ce qui allait arriver avec des biostatistiques en anglais ??

Je sais que je suis un anglophile convaincu. J'en ai déjà parlé ici. Mais quand même...

Et là...

"Je ne savais plus comment faire pour trouver en moi le courage, J'ai levé les yeux au ciel et là, J'ai vu la lumière, j'y ai baigné mon âme" (Dieu m'a donné la foi, Ophélie Winter)

Une pédagogie tellement différente de ce que j'ai connu ici en France.
Rien de "magistral", tout est expliqué, simplement, même si les choses s'imbriquent parfois, on les évoque en disant bien qu'on y reviendra plus tard.
Avec en plus toute la partie orale retranscrite à l'écrit si jamais des mots inconnus sont utilisés.
Et, comme le décrit parfaitement @Grangeblanche ici, la possibilité de faire une pause pipi, d'être en pyjama, ou dans son lit...

Bon, je vais être franc, j'ai quand même stressé en soumettant mes réponses aux devoirs. Ma femme a souri de me voir appréhender le résultat final (après avoir moins souri de me voir travailler autant). J'ai aussi échangé quelques mails avec @Sous_la_blouse quand il y avait une notion sur laquelle je doutais, pour être sûr d'avoir correctement compris.

Mais, je l'ai fait ce MOOC. Et personne ne m'y avait obligé.

Bref, une expérience enrichissante et qui a clarifié pas mal de choses que je ne comprenais finalement pas très bien, ou pas dans le bon sens.
Et le tout, en ligne, gratuit...
Je vais pouvoir lire et avoir un regard plus aiguisé. Et ça, ça me plaît.

"Et on prend un nouveau départ. Et on démarre une autre histoire. Et on prend un nouveau départ. En laissant faire le hasard" (Une autre histoire, Gérard Blanc)

Enfin, le hasard, le hasard... c'est juste une probabilité à calculer...


samedi 27 juillet 2013

Dernier été

"Oh think twice, cause it's another day for you and me in paradise ! Oh think twice, cause it's another day for you, you and me in paradise" (Another day in paradise, Phil Collins)
(Oh, réfléchis bien, c'est un jour de plus pour toi et moi au paradis)

"Tu ne viens pas dans l'eau ?"

J'étais au bord de la piscine, debout. Mes trois zèbres dans l'eau et ma femme avec eux.
Non, j'étais bien.
Là.
A les regarder.

J'essayais de me fabriquer des souvenirs, des images que je pourrai tenter de me rappeler le jour où je serai fatigué, énervé, et que j'aurai besoin de virtuellement m'échapper et rejoindre un endroit où je me sens bien.

C'était là.
C'est là. Au milieu d'autres images de ma vie que je tente de garder, même si le temps s'échappe et qu'il ne me reste que ce que mon cerveau a bien voulu conserver.

Mon 36ème été.

Garderai-je aussi d'aussi belles images en souvenir lors du 37ème ?
Puis-je seulement être sûr qu'il y en aura un ?
Only God knows (Seul Dieu sait)
Parce que même si j'essaye d'avoir un mode de vie sain, et assez équilibré, j'ai un scoop : un jour je vais mourir. Comme d'autres avant moi, et d'autres après. Le cercle de la vie.

"Si on devait mourir demain, qu'est-ce qu'on ferait de plus, qu'est-ce qu'on ferait de moins ? Si on devait mourir demain" (Mourir demain, Pascal Obispo et Natasha St Pier)

Du coup, cet arrêt sur image, est-ce un moment marquant de ma vie que je serai content d'avoir tenté d'enregistrer ?
Ou tout simplement quelques secondes de perdues que j'aurais dû consacrer à aller les rejoindre et jouer avec eux ?

Si je savais que celui-là, le 36ème, était le dernier, que ferais-je d'autre ?
Est-ce que les images auraient encore plus de couleurs ou aurais-je tenté de mémoriser plus longuement ?
Aurais-je dû sortir un enregistreur vidéo et immortaliser cet instant "réellement" ?

Je me pose la question régulièrement quand l'un des patients dont je suis le médecin traitant décède. Ce patient a-t-il fait tout ce qu'il aurait aimé faire ? Je pense que non, dans la plupart des cas.
A-t-il su que cela allait être la dernière saison ? Non, surtout si le départ vers l'autre rive a été brutal.

"S’il faut mourir, autant vivre à en crever. Tout retenir pour tout immoler. S’il faut mourir, sur nos stèles, je veux graver que nos rires ont berné la mort et le temps" (Vivre à en crever, Mozart l'Opéra Rock)

J'ai déjà évoqué dans l'un de mes premiers billets cette fâcheuse tendance à ne pas savoir rester en place, sans rien faire.
Cela fait rire ma femme. Enfin, j'ai plutôt l'impression que c'est parfois un rire teinté d'une forme de fatalisme... elle m'a déjà dit "Je ne peux pas t'empêcher de faire tout ça ! Pour que tu restes dans ton coin en étant malheureux, ça ne sert à rien".
Comme souvent, elle n'a pas tort...

Je n'ai pas l'impression de faire des choses extraordinaires. Pas l'impression non plus que ce que je fais soit si difficile.
Est-ce que je sous-estime ce que je fais ? Ou de la fausse modestie ? Je n'en sais rien.
Je me fabrique des souvenirs.
J'essaye de m'en fabriquer beaucoup, oui. D'aider les autres à s'en fabriquer. D'aider mes zèbres et ma femme à s'en fabriquer. "Se souvenir des belles choses".

Du coup, j'ai du mal à comprendre ceux qui confessent s'ennuyer. Et s'ennuyer souvent.
Je ne parle pas de la procrastination. Ca c'est de l'ennui volontaire. Plein de choses à faire mais pas l'envie de les faire. Et pendant ce temps là l'esprit, lui, est occupé à beaucoup de choses. Il s'évade, tente de résoudre des problèmes de la vie quotidienne.
Procrastiner sans vraiment le faire en somme. J'avoue que cet ennui là, je le pratique régulièrement... et qu'il me fait parfois avancer plus vite que si j'avais tenté d'être hyperactif.

Avancer. Toujours. Profiter de chaque jour, chaque instant.
Le Carpe Diem mis à l'honneur dans Le cercle des poètes disparus.

"Au bout du chemin, y'a mes souvenirs, y'a un jardin à entretenir. C'est d'autres doigts qu'les miens qui feront les choses. Je serai pas là pour voir s'ouvrir les roses. [...]
C'est comme ça, y'a rien à dire, sitôt qu'c'est l'heure, on doit partir. On s'casse le cœur comme une tirelire, on laisse derrière c'qu'on a d'plus cher et on recommence ailleurs.

C'est pas vrai qu'on meurt" (C'est comme ça, Lynda Lemay)

Oh oui, j'espère que ce n'est pas vrai. Parce que le temps passe vite et qu'il y a tellement à faire.
Mais on laisse derrière soi tous ses souvenirs...
Toutes ces belles images qu'on emmagasine, et qui nous ont rendu la vie un peu plus douce.

"Tu ne viens pas dans l'eau ?"

Si, j'arrive. Juste le temps de vous admirer.
Encore une minute.
Encore un jour.
Encore un été.
Encore d'autres. J'espère.

vendredi 19 juillet 2013

I have a dream

"I have a dream, a song to sing, to help me cope with anything. If you see the wonder of a fairy tale, you can take the future even if you fail" (I have a dream, Abba)
(J'ai un rêve, une chanson à chanter, pour m'aider à faire face à tout. Si vous voyez les merveilles d'un conte de fées, vous pouvez affronter le futur, même si vous échouez)

J'ai commencé à lire le rapport Cordier.
Non chers lecteurs, je suis assez calé en chansons kitschs mais tout de même, je ne parle pas de Corbier de chez Dorothée, qui animait avec beaucoup d'humour  de sa barbe flamboyante les mercredis de mon enfance.

Non, je parle d'un rapport écrit par un comité "des sages" présidé par Alain Cordier, ancien directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Vous le trouverez ici

Ok, c'est un rapport qui fait 108 pages, faut avoir un peu de temps devant soi pour tout lire. Je n'ai pas encore fini, mais bon... j'aime bien lire pendant mes vacances et elles approchent à grands pas. Mais la partie sur la formation (page 77sq) me plait bien

"On l'a trouvée bizarre dès qu'elle est arrivée, avec son genre à part, son air d'pas y toucher" (Peurs, Jean-Jacques Goldman)

Oui, parce que bon, la médecine générale, je croyais qu'en fait certains avaient de l'hostilité à son égard.
J'ai même cru à un moment que certains lui en voulaient pour je ne sais quelle raison.
Et si...

Et s'il s'agissait seulement d'une espèce de peur de l'inconnu ?
J'aime bien cette chanson de Goldman. Si on la prend au premier degré, on pourrait croire que c'est une chanson assez extrêmiste.
Et quand on l'écoute bien, cette chanson, c'est la peur de l'étranger, de la différence. On préfère rester entre nous. "Personne n'y peut rien".

La médecine générale, c'est pareil au fond.
Elle fait peur parce qu'on la connaît mal.
Mes confrères des autres spécialités la connaissent peu, et s'en font des idées parfois complètement erronées.
J'ai souvent entendu : "C'est une spécialité d'exercice" (comprenez : un médecin généraliste, c'est juste un médecin qui fait un petit peu de toutes les autres spécialités, mais rien que les autres ne font pas).
C'est peut être l'erreur la plus importante qui témoigne d'une méconnaissance assez impressionnante de cette spécialité qui est la mienne. La nôtre, car nous sommes nombreux à la pratiquer.

Il y a des choses que seuls les médecins généralistes font, et personne d'autre : le suivi au long cours, les soins de coordination... la fameuse marguerite des compétences.

Je ne m'étendrai pas plus loin parce que, d'une part on rentre dans toute la théorie de la médecine générale, mais en plus les internes qui vont me lire vont commencer à attraper de l'urticaire (les pauvres, on leur en donne de la marguerite...)

Mais elle est importante.

"Il faudra que tu apprennes à perdre, à encaisser. Tout ce que le sort ne t'a pas donné, tu le prendras toi-même. Oh, rien ne sera jamais facile, il y aura des moments maudits. Oui, mais chaque victoire ne sera que la tienne et toi seule en sauras le prix.
C'est ta chance, ta force, ta dissonance. Faudra remplacer tous les "pas de chance" par de l'intelligence. C'est ta chance, pas le choix, c'est ta chance, ta source, ta dissidence. Toujours prouver deux fois plus que les autres assoupis d'evidence, ta puissance naîtra là" (C'est ta chance, Jean-Jacques Goldman)

J'entends parfois aussi "Mais vous êtes une spécialité. Alors nous vous traitons comme telle. Pas mieux, pas pire que les autres".

Oui, bon, sur le principe, j'avoue que cette notion me convient. C'est une notion d'égalité, qui nous place au même rang que les autres.
Ok.

Bon, c'est comme si on disait à un pays en voie de développement "Bon, ok, on vous traite comme un pays développé. On a les mêmes exigences envers vous, et si vous voulez de la place, faut vous la faire. On ne fera pas d'effort".

Donc sur un principe louable d'égalité, c'est quand même un peu nier qu'on ne peut pas mener les mêmes combats quand on est une spécialité encore naissante (depuis 2004) alors que d'autres sont en place depuis beaucoup plus longtemps (1958).

"Et soudain, le ciel se dégage, sans dire pourquoi ni comment, et je me décolle de ma chaise comme on sort des sables mouvants. Je suis le nouveau-né, sans innocence, et mes fenêtres s'ouvrent aux grands sentiments" (Ici-bas, Michel Fugain)

Oui, d'un coup ce rapport arrive et ce que j'y lis m'encourage à recommencer à rêver. D'une médecine générale à qui on donnerait les moyens de se développer pour qu'ensuite, oui, avec l'accord de tous, on la traite d'égal à égal avec les autres spécialités. Pas mieux, pas pire.

D'un coup, je me dis que ce rapport, écrit par des non-généralistes, met l'accent sur les points essentiels.

"On m'appelle le chevalier blanc, je vais et je vole au secours d'innocents" (On m'appelle le chevalier blanc, Gérard Lanvin dans "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine")


D'un coup, Alain Cordier devient notre chevalier blanc à nous.
Oui, mais bon...
Avant lui, on avait notre bonne fée qui s'appelait Elisabeth Hubert.
C'était une autre majorité au pouvoir, et pourtant ce rapport comportait déjà des éléments de nature à faire changer les choses.

Je me demande quelle couche de poussière recouvre maintenant ce rapport, que j'avais trouvé très bon pour la médecine générale aussi, à l'époque.

"Don't you know I'm still standing better than I ever did, looking like a true survivor, feeling like a little kid. I'm still standing after all this time" (I'm still standing, Elton John)
(Ne sais-tu pas que je suis toujours debout, mieux que je ne l'ai jamais été, avec l'air d'un vrai survivant, se sentant comme un gamin. Je suis toujours debout après tout ce temps)

Oui, nous sommes toujours debout.
Pour l'instant.
Mais j'ai peur que l'on s'essouffle un jour. Et je ne me pardonnerais pas si je n'avais pas fait tout mon possible pour l'éviter si cela devait arriver.
Alors, ce rapport Cordier, je vais attendre sa remise officielle aux Ministres concernées. Et ensuite, il faudra veiller à son application concrète.
Tout le monde peut y gagner.
Y compris les finances de notre pays qui en ont bien besoin !

"Et on s'accroche et on s'acharne, et on s'abîme et on se gâche, on s'épuise et on s'entame, on s'enlise et on s'éloigne. Et on s'accroche et on s'acharne, on se brise et on s'attarde, ne soyons pas si con" (Puisqu'on se fout de nous, Shy'm)

Non, je suis un éternel optimiste. Je persiste à vouloir croire que les choses vont changer.

I have a dream...

jeudi 20 juin 2013

Anonymous

"If you don't know me by now, you will never know me" (If you don't know me by now, Simply Red)
(Si désormais tu ne me connais pas, tu ne me connaîtras jamais)

J'ai eu le privilège de croiser la route de quelques-uns de mes collègues médecins et twittos IRL (In Real Life, dans la vraie vie).
Un immense privilège pour moi. Au moins aussi immense que l'admiration que je leur porte. A eux, mais aussi à leurs blogs respectifs, et tout ce qu'il font pour la médecine générale, la faire connaître de tous et surtout des étudiants en médecine. Changer les préjugés, fausses images véhiculées par ceux qui ne connaissent pas ce métier.

Je l'ai écrit dans l'un de mes tout premiers billets : si je tiens ce blog aujourd'hui, c'est grâce à eux.
 Ils m'ont encouragé à écrire, moi qui n'osais pas me lancer parce que je n'allais de toute manière pas leur arriver à la cheville.
Et ils m'ont dit de le faire quand même.
Et je ne les remercierai jamais assez pour cela.

Ecrire me fait du bien.
C'est narcissique, égoïste, mais oui, ça me fait d'abord du bien à moi.
Et il faut aussi reconnaître que quand je regarde les statistiques de passage sur mon blog, voir qu'en un an maintenant, plus de 25 000 pages ont été consultées, ça me fait encore plus plaisir.
Et je dois donc vous remercier, vous, qui prenez le temps de lire mes billets remplis de chansons kitsch...


Lors d'une IRL donc, on m'a posé la question "Pourquoi n'es-tu pas anonyme, et est-ce que ce n'est pas plus compliqué pour toi ?"
Et d'emblée j'ai répondu ce que je réponds quand on me demande cela : Mon blog ne relate pas les cas de mes patients. Je n'expose aucun détail médical d'une consultation. Je ne transgresse pas le secret médical et donc pas de réel souci avec mon anonymat.

Quant à dire pourquoi je ne suis pas anonyme... bon... soyons franc : le jour où j'ai créé mon compte Twitter, il y avait une case à remplir avec le nom, une autre avec le prénom, et en bon élève discipliné, j'ai rempli les cases. Pas une seule seconde je n'ai imaginé que je pouvais prendre un pseudonyme, ni que cela pouvait être utile.

"Ton histoire au fond n'appartient qu'à toi, elle fera partie de ces rêves qu'on ne vit qu'une fois. Ton nom bien gravé dans la mémoire des gens qui t'offraient leur doute immense pour seul encouragement" (Alléluia, Lara Fabian)

Oui, mais...
Parce qu'il y a un mais...
On m'a fait plusieurs fois le reproche d'avoir deux casquettes.
Enfin, deux surtout parmi plusieurs.
Je ne suis pas anonyme et j'ai la bonne idée d'être motivé par mon métier, par son enseignement, et un peu touche à tout.
Tout cela m'a conduit, sans que ce soit une seule seconde prémédité, à la présidence du Syndicat des Enseignants de Médecine Générale.
Je n'en parlerai pas plus et vous renverrai directement au site internet du syndicat si vous voulez savoir de quoi il s'agit.
Très très rapidement, on m'a dit "il faudra peut être que tu choisisses la casquette que tu veux assumer". Surtout que cela arrivait après l'opération #PrivésDeDésert et la médiatisation qui en avait découlé.

Donc, être blogueur et engagé n'était pas visiblement compatible.
On m'a dit encore très récemment qu'il pourrait y avoir confusion des messages entre mon statut de blogueur et le poste que j'occupe.

Et je me pose la question encore et encore : est-ce à ce point antinomique ? Ou est-ce que la blogosphère, quand on ne la connaît pas, entraîne une part de méfiance vis-à-vis de ceux qui y sont actifs ?

Je n'arrive pas ce soir à comprendre pourquoi ce reproche m'est régulièrement fait.
J'aurais été anonyme, agirais-je différemment ?
Je ne crois pas.
Alors, me dire que c'est juste une forme de peur de l'inconnu me fait peut être plus accepter cette critique.

"For a strange kind of fashion, there's a wrong and a right. But he'll never, never fight over you" (The Riddle, Nick Kershaw)
(D'une sorte de mode étrange, il y a un vrai et un faux. Mais jamais il ne se disputera avec toi)

Non, je n'ai pas envie de rentrer dans un quelconque conflit.
J'ai mon équilibre et tenir ce blog en fait partie.
J'ai des idées que j'assume sur mon métier et ce que j'estime que devrait être son enseignement. Selon la formule consacrée "Mes tweets et mon blog n'engagent que moi".

Parce que, penser que j'aurais accepté d'endosser une fonction "nationale" pour y servir un intérêt particulier (mais faut m'expliquer lequel), ou pire encore, que je ne saurais pas faire la part des choses entre ce que je fais à titre personnel, et ce que je fais à titre professionnel, ce serait me manquer de respect.
C'est comme si on me reprochait d'aimer le disco et la musique des années 80, de raconter des blagues qui ne volent parfois pas très haut, sous prétexte que je ne peux pas être médecin et personne civile.
Assez surprenant que ces reproches viennent de collègues embarqués avec moi sur le même bâteau.

"Seigneur, protégez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge" (Voltaire, inspiré par Antigone II, Roi de Macédoine)

vendredi 7 juin 2013

Nobody's perfect

"Nobody's perfect. Nobody's perfect. What did you expect ? I'm doing my best" (Nobody's perfect, Madonna)
(Personne n'est parfait. Personne n'est parfait. A quoi vous attendiez-vous ? Je fais de mon mieux)

Je discute régulièrement avec des collègues qui ne sont pas maîtres de stage des universités (MSU) ... en gros qui ne reçoivent pas d'étudiants en stage dans leur cabinet et ne veulent surtout pas en recevoir.

Alors, bon, il faut quand même reconnaître que je ne suis peut-être pas un bon exemple de MSU et que je joue peut être un peu le rôle de repoussoir.
Je suis gentil, bien élevé, je parle correctement et je me lave tous les jours.
Le problème n'est pas là, non.

Le problème est qu'ils pensent qu'être MSU, c'est faire ce que je fais : recevoir les internes, aller donner cours à la fac, avoir les réunions le soir, diriger des thèses...
Alors qu'être MSU, c'est d'abord et avant tout être MSU. Recevoir en stage de futurs médecins généralistes en espérant leur transmettre un peu de notre métier pour qu'ils se forment et deviennent à leur tour des médecins généralistes. Le reste, je le fais parce que je suis motivé et que j'aime ça aussi, il faut bien l'avouer.

Mais parfois... parfois...

Je me dis que ce n'est pas facile d'être MSU.
Imaginez un peu la pire journée qui soit, où tout part dans tous les sens, des bilans de diabète deséquilibrés, des découvertes de cancer, un décès...
Cette journée même, où, quelque part, on finit par être bien content d'être seul dans son cabinet et de ne pas avoir à tout expliquer tout justifier.
Ne pas avoir à admettre que la prise en charge n'a peut-être pas été optimale, voire, pourquoi pas, que l'on a commis une erreur de diagnostic ou de traitement.

Et bien être MSU, c'est avoir quelqu'un avec soi, qui regarde ce que l'on fait et qui n'en perd, en général, pas une miette.

C'est vivre parfois un grand moment de solitude. On explique le matin à son interne que les statines (médicaments contre le cholestérol) en prévention primaire n'ont rien prouvé (en diminution de mortalité chez des patients sans facteur de risque).
On reçoit une patiente l'après-midi avec... une statine prescrite depuis des années, sans raison finalement, et que l'on a soi-même renouvelée...

"J'verrai dans ses yeux tous ces petits défauts, parce que parfait n'est plus mon créneau" (Parce que c'est toi, Axelle Red)

Ca c'est la version pessimiste de la fonction.
Mais je suis un enseignant de médecine générale optimiste.
Parce que, montrer qu'un médecin est humain et peut parfois se tromper c'est une bonne forme d'apprentissage du métier je trouve.
Prouver qu'il faut toujours avoir l’œil ouvert sur tout pour ne pas sombrer dans la routine. Aussi montrer que la maîtrise de stage profite (je l'espère) à l'interne en formation, mais aussi à son MSU. Un contrat gagnant-gagnant.

Oui mais...

Et le patient dans tout ça ?
Il y gagne quoi, lui ?
Il y gagne la possibilité d'avoir une prise en charge au plus près des données validées de la science. Il y gagne de ne pas recevoir de la poudre de perlimpinpin parce que ça fait vachement bien de traiter les rhinopharyngites avec 7 médicaments sur l'ordonnance, quand aucun n'est nécessaire à la guérison par Dame Nature.
Il y gagne la possibilité de vivre, en principe, un peu plus vieux, mais aussi de vivre toute la partie avant le grand voyage dans les meilleures conditions qui soient. En tout cas, sans effet iatrogène, c'est-à-dire sans que certains de ses problèmes de santé ne soient causés par le médecin et le traitement prescrit.

Alors, être MSU c'est une démarche de qualité je trouve.
De qualité des soins immédiatement.
Mais aussi de qualité des soins pour les futures générations : les internes formés deviendront médecins et j'espère MSU et transmettront ce savoir réactualisé sans cesse.
Le cercle vertueux de la santé finalement.

"Il y mettait du temps, du talent et du cœur. Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures. Et loin des beaux discours, des grandes théories, à sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui : il changeait la vie" (Il changeait la vie, Jean-Jacques Goldman)

Etre MSU c'est également enseigner un concept important que l'on oublie parfois : le patient peut tout entendre et tout comprendre.
Leur expliquer que le traitement qu'ils ont depuis des années et bien... on va l'arrêter, parce qu'il n'est plus nécessaire au regard de la science actuelle.
Que non, il ne sert plus à rien.
Je leur dis en rigolant à mes patients qu'heureusement que la médecine a évolué, sinon je leur mettrais encore des sangsues et leur ferait des saignées...
On peut chercher à "déprescrire" si cela est dans l'intérêt du patient.

Non.

On DOIT déprescrire SURTOUT si c'est dans l'intérêt du patient.
Et lui expliquant, en prenant le temps, tout est possible.
Oui, être correctement soigné ne veut pas dire jouer au millefeuille en ajoutant un traitement à un autre en permanence.
C'est aussi parfois en retirer quelques-uns. Pour leur bien. Parce qu'ils ne feront pas vivre plus vieux, ni dans de meilleures conditions.

"I work all night, I work all day to pay the bills I have to pay. Ain't it sad ?" (Money, Money, Money, ABBA)
(Je travaille toute la nuit, je travaille tout le jour pour payer les factures que je dois régler. C'est-y pas triste ?)

Expliquer prend du temps.
Dommage que le temps soit de l'argent avec ce paiement à l'acte. Je suis persuadé que certains confrères prendraient plus le temps s'ils n'avaient pas cette obsession de rentabilité chevillée au corps.

Mais être MSU c'est aussi enseigner que l'on peut faire une médecine de qualité sans être à plaindre financièrement.
On ne roule pas en Ferrari, soit.
La médecine française est sous payée par rapport à nos voisins européens, soit.
J'aime pourtant enseigner que ce n'est pas une raison pour faire la course à l'acte.
Le tout étant d'aimer son métier, pouvoir se lever le matin en ayant envie d'aller travailler.

Et pouvoir se regarder dans la glace en se disant : Personne n'est parfait. Personne n'est parfait. Je fais de mon mieux.