samedi 20 octobre 2012

J'ai 10 ans...

"On ne change pas, on met juste les costumes d'autres sur soi" (On ne change pas, C. Dion)

Aller au supermarché... Rien d'extraordinaire là dedans.

Mais y aller quand on est médecin généraliste et que l'on rencontre un patient, là c'est déjà un peu plus particulier.
Inévitablement, arrive lors de cette rencontre, une réaction en 3 temps :

1- Le "Bonjour" de politesse plus ou moins accompagné d'un "Alors on fait des courses ?" ... non, j'ai vu de la lumière et je m'ennuyais un peu, du coup je me suis dit "Tiens, si j'allais faire des courses ,"...

2- Le coup d'oeil furtif dans le sac ou le charriot. Avec le regard amusé d'y voir par exemple une pizza ou du fromage. Dans le genre "Ah ben il nous dit de faire attention à notre alimentation, mais lui il se prive pas. Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! C'est du joli".

3- Le moment que je redoute ensuite : quel sujet de conversation va être entamé ?... en général je coupe court avec un "Bonne journée" ... pour éviter une discussion qui inévitablement tournera en demande de conseils médicaux, au milieu du rayon boucherie, entre les saucisses de Strasbourg et les rillettes.

Au deuxième temps, les patients font une découverte incroyable et insoupçonnée : les médecins sont des êtres humains comme les autres !
Et oui. Autant briser le mythe immédiatement : les médecins mangent, boivent, dorment, assouvissent des besoins naturels... comme tout le monde.

Nous avons été enfants, sommes adultes, avons peut-être nous aussi des enfants, et serons vieux un jour.

Serions-nous, aux yeux de nos patients, surhumains, ne buvant pas, ne mangeant pas, ne dormant pas ("oh vous travaillez tard docteur"), n'ayant pas de famille ("oh ben dites donc, vous n'êtes pas encore rentré ce soir vu le monde en salle d'attente !"), et ayant un système immunitaire en béton armé ("mais comment faites-vous pour ne jamais tomber malade ?") ?

Ou nous imposons-nous à ce point de faire en sorte que l'habit fasse le moine ?
L'éternelle histoire de l'oeuf et de la poule finalement : paraissons-nous surhumains parce que nos patients nous renvoient cette image, ou la donnons nous plus ou moins volontairement parce que nous estimons qu'elle fait partie du costume du médecin ?

Un peu des deux mon général...
En tout cas, nous avons une part de responsabilité.
Parce qu'un médecin, ça s'habille correctement et que ça ne met pas un short et des chaussures ouvertes pour consulter l'été, au risque de perdre de la crédibilité.
Parce qu'un médecin s'autoinvestit parfois d'une sacrosainte parole qui doit être maîtrisée, régulée quitte à frôler le politiquement correct à outrance.

Que cela fasse partie du pack complet du parfait petit médecin, je peux le concevoir. Voire, j'en suis un peu convaincu puisque je m'applique ces principes. Vous devriez me voir mettre un costume pour aller en réunion au ministère... plus "habit faisant le moine" que ça, tu meurs...

Mais, j'ai beau relire le manuel, je ne vois nulle part écrit que cela doit s'appliquer à notre vie en dehors du travail.
Pourquoi d'un coup, en endossant les habits de médecin, devrions-nous renier une partie de nous-mêmes ?
Et ceci peut sans problème s'appliquer à toutes les professions finalement...

"On peut rêver, se réveiller, on est semblable à ce qu'on est" (Prendre racine, Calogero)

Oui, parce qu'en fait, il y a une chose qui m'énerve royalement (bon, d'accord, ça fait une chose de plus à ajouter à tout le reste), c'est d'oublier ses racines.
Mes racines (mes "roots" en anglais, ça fait plus stylé) sont moitié siciliennes (de la petite ville de Sommatino... Tiens, baptiser mon blog en faisant référence à mes racines et la ville de mes ancêtres, ce serait une bonne idée), moitié françaises. Absolument pas "bourgeoises" et résolument ouvrières.
Quand j'étais plus jeune, j'aimais rire de tout et surtout de moi, j'aimais chanter (bon danser aussi, mais je n'y arrivais pas très bien), j'aimais jouer de la musique, j'aimais passer des soirées entre amis à jouer à des jeux de société.
Ce sont mes racines.

Et j'ai beau y réfléchir, je ne vois pas au nom de quoi il faudrait renier cette partie de moi maintenant. Je suis médecin, soit. Je reste au fond de moi cet enfant pas toujours sûr de lui, mais toujours jovial, aimant les jeux de mots et les blagues. Je chante toujours, joue encore de la musique, et préfère de très loin les soirées improvisées entre amis autour d'un "Time's up" que les dîners de gala.

Alors, oui, j'ai sûrement un gros défaut (bon, d'accord, un de plus), c'est celui de ne pas comprendre ceux que j'ai connus étant plus jeune, avec qui j'ai partagé quelques fou-rires et délires, qui sont devenus adultes désormais, avec eux-aussi de belles "situations", mais que je devrais presque vouvoyer maintenant.
Parce que, bon, quand nous assouvissons nos fameux besoins naturels, même avec le petit doigt en l'air, ce qui restera dans la cuvette après sera plus ou moins la même chose, peu importe qui nous sommes, non ?

Alors, s'il vous plaît, si nous nous croisons dans la rue et que nous nous connaissons depuis longtemps, continuons à nous tutoyer. Je suis devenu médecin ? Et ? Si nous nous sommes connus au collège, j'espère que c'est l'image de cet ami là que vous avez gardé en mémoire.

Et si vous aviez des goûts musicaux très "années 80", on pourrait même s'organiser un karaoké un de ces soirs... un karaoké, pas un gala de danse. De ce point de vue là aussi, je suis resté fidèle à mes racines...

2 commentaires:

  1. J'ai enfin compris le nom de ton blog! Encore pleins de vérité dans ton billet et je m'y retrouve aussi, beaucoup de gens ont changé leur attitude quand j'ai décidé de devenir médecin. Alors que moi je n'ai pas eu l'impression d'avoir changé... Je trouve çà triste mais c'est typique de notre société.

    RépondreSupprimer
  2. Moi aussi je me demandais ce que signifiait ton titre... Ok mon JF, promis, je ne te vouvoirai jamais Ô grand jamais et cet été, je suis hyper méga partante pour un karaoké 80 avec tous les tubes ringards comme on les aime!!

    RépondreSupprimer