dimanche 1 mai 2016

Pour le plaisir

"On se réunit plusieurs fois par semaine, on se vide la tête, question de faire la fête. On lève les bras ou on se les met en croix. On reste ensemble car rien ne nous ressemble" (Sauvez mon âme, Luc De Larochellière)

J'ai quand même toujours un peu de mal à savoir dire non.
Par exemple pour participer à un congrès et y faire des présentations ou des ateliers.
Par exemple quand c'est sur l'île de La Réunion à des milliers de kilomètres de chez moi.
Par exemple quand je dois prendre un vol aller le jeudi soir et le vol retour le dimanche soir.
Mais bon... comme le dirait @GeluleMD , j'ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allé pour la bonne cause, celle de la médecine générale et de son enseignement.

Bon, le cadre était magnifique, c'était un grand grand plus. Et j'y ai revu "min tchô poulet", alias Sébastien, qui a déménagé là-bas maintenant. C'est un peu grâce (à cause ?) de lui si je me suis investi autant dans l'enseignement de la médecine générale... (Plein de bécots si tu lis ces lignes, j'étais content de te revoir, même si c'était très court).

Congrès vendredi et samedi toute la journée. Pas beaucoup le temps de faire autre chose. Le repas du samedi soir est convivial entre tous les participants et je commence à me poser un peu à ce moment-là, histoire de me préparer aux 11 heures de vol du lendemain...

La soirée commence avec un groupe de percussionnistes local, dont certains membres sont aussi des généralistes du coin.
Ils sont plein d'énergie.
Je les observe, ils se regardent, se comprennent, savent par quelques gestes quand va arriver une modulation de leur morceau, quand ils vont devoir s'arrêter ou reprendre.
Ils sourient.
Beaucoup.
Ils sont contents d'être là, ensemble, et rien que cette image fait très plaisir à voir. On aurait pu couper le son, complètement, et profiter de ce bonheur qu'ils avaient d'être ensemble.

"Is it your ghost that keeps hiding under the smoke. It's getting louder, I feel hands around my throat. How do you love someone?" (Cancion de la noche, Matthew Perryman Jones)
(Est-ce ton fantôme qui continue de se cacher dans la fumée ? Ca devient plus fort, je sens des mains autour de mon cou. Comment aime-t-on quelqu'un ?)


Quand je regarde les enfants, les petits, mes propres enfants, mes neveux et nièces... ils ont toujours l'air heureux. Ils rigolent facilement. Ils s'amusent. Et ils aiment être ensemble.

Ca se perd l'envie d'être ensemble ? Ca se perd l'amour de l'autre ? Ca se perd le partage, l'empathie ?
Parce que j'ai parfois l'impression d'être un Bisounours. Ok, il y a bien des gens que je n'aime pas sur Terre, bien sûr. Mais j'aime passer du temps en compagnie d'autres. J'aime partager, construire.
Je suis sans doute trop souvent naïf parce que construire peut avoir des dommages collatéraux qu'on ne soupçonnait pas, on peut froisser ou blesser.
Parfois aussi, comme dans le groupe vocal que je dirige, j'ai une idée bien précise de ce que je veux que nous construisions ensemble, et je ne suis sans doute pas assez patient/tolérant avec mes choristes.

Mais cette envie, cet accomplissement de soi quand on arrive, comme ce groupe de percussions, après des heures et des heures de travail, à prendre plaisir à être ensemble, comment certains peuvent la perdre ?
C'est inné ? C'est acquis ?

J'aimerais bien comprendre. Cela m'aiderait peut-être à conseiller les patients pour lesquels cette flamme du "vivre ensemble" a tendance à s'éteindre.
J'aimerais bien comprendre aussi pour conseiller à mes patients de se construire ce tissu social quand ils le peuvent, parce que c'est lui qui leur permettra de rester en forme plus longtemps, et à l'abri du déclin parfois lié au vieillissement (et beaucoup mieux que les patchs en tous genres).

"Pour le plaisir, il faut savoir prendre le temps de refaire d´un homme un enfant. Et s´éblouir. Pour le plaisir, s´offrir ce qui n´a pas de prix, un peu de rêve à notre vie. Et faire plaisir. Pour le plaisir" (Pour le plaisir, Herbert Léonard)


Juste prendre le temps de se poser parfois et faire ce que l'on a envie de faire.
Prendre plaisir à le faire.


On me demande régulièrement "Mais tu fais plein de choses ? Comment y arrives-tu ?"
Je fais les choses par plaisir et pas par obligation. Ou plutôt, moins par obligation (oui parce que bon, j'ai quand même commencé le billet en disant que je n'arrivais pas à dire non).
L'avantage, c'est que le jour où une activité ne me plaira plus, je pourrai en commencer une autre.


Mais la quête du plaisir devrait être ce qui nous pousse en avant.
Comme le plaisir d'écrire ce billet au soleil, dans le jardin, entouré du chant des oiseaux et de tous ceux qui me sont chers, physiquement, virtuellement ou spirituellement présents.

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